L'Atelier Joël Robuchon, une constellation au Michelin, une déclinaison à l'infini ou presque d'un concept de cuisine flattant la gourmandise et l'oeil par un dressage savant, sur une vaisselle et dans une ambiance personnalisée et reproductible qui pourraît évoquer si l'on se veut mauvaise langue, l'équivalent Français de Morton's of Chicago... Il y eût aussi "La Table", à l'angle de l'avenue Bugeaud et de la rue de la Pompe, dont la carte ne différait guère de l'atelier mais qui recevait la clientèle sur des tables et non au bar comme c'est maintenant le cas dans tous les établissement frappés au sigle de J.R.
Dîner à Taiwan donc, chez Joël Robuchon, dans une ambiance sombre et feutrée comme le veut la tradition rouge et noir mise en place par le Chef depuis maintenant des années... Le menu de Taiwan rappelle de façon saisissante celui de Paris, de la table comme de l'Atelier, et provoquerait pour une rien un brin de grogne sur ce choix à l'exotisme contestable... quand survient le Chef...
Que Robuchon sache cuisiner n'est pas un scoop. Ceux qui ont eu la chance de fréquenter le Jamin comme l'avenue Raymond-Poincaré en gardent de sacrés souvenirs, pleins d'émotions gastronomiques, qui ont fait couler quelques larmes de regrets lorsqu'il a renoncé en 1996 à 51 ans, à poursuivre sa carrière de "Chef triple-étoilé", pour ouvrir des restaurants "concepts" de par le monde qui l'ont fait passer de 3 à 25 étoiles, et d'une renommée limitée au cercle des gastronomes avertis à la célébrité de star du (bon) goût: ambassadeur de la cuisine Française, reconnu comme un des piliers de l'Art Culinaire Français qu'il a même transporté jusque dans la cuisine de la ménagère... "Bon Appétit, bien sûr"...
Joël Robuchon n'est pas la moitié d'un communicant non plus, et cuisinier il l'est, jusqu'au bout des doigts. La soirée donc a brutalement changé de tonalité lorsque le Chef décide de passer à l'attaque et discuter, longuement, en y revenant, prenant un soin évidemment particulier de nos assiettes, revenant à la discussion, recevant volontiers les critiques et commentaires de l'établissement qui fut (et demeure sous l'administration Nomicos) "mon meilleur ennemi"... C'est que la cuisine manquerait un peu au Chef, qui malgré ses 68 ans et son succès planétaire, a décidé de ne plus se consacrer exclusivement à la direction de sa constellation ouvrière, mais revenir lui même au piano, à Bordeaux... (une ambition, une petite revanche du Poitevin qu'il est...).
Alors oui, ce sera un très beau et bon dîner. Certainement pas à placer à hauteur de trois clochettes mais pour le coup, les deux pions étaient bien mérités. Une mention spéciale pour la boulange qui est exemplaire et que l'on adorerait trouver plus souvent en France. Une sommellerie complice aussi, qui ne force pas à la consommation mais cherche à trouver ici et là les vins qui feront équipe avec l'assiette ainsi pourra-t-on au cours du repas déguster un Rioja blanc de belle facture (Placet 2006), Meursault Charmes 2004 Michelot, Clos des Fées 2007 (100% grenache, une belle facture), Vosne Romanée 2003 (R.Sirugue, peu convaincant), Cheval des Andes 2006 (Malbec argentin joliment structuré), Coutet-Barsac 1998 (splendide), et vieux Banyuls 1951...