Sous l'autorité de Michel TROISGROS, la table du Lancaster offre, dans une petite salle à manger, presque confidentielle, à deux pas des Champs-Elysées, une cuisine inspirée, parfaitement exécutée, dans une atmosphère tout à la fois confortable, paisible et intime. Un très bel endroit, doté d'un jardin intérieur qui à cette saison est mis en scène "façon Père-Noël" mais qui à la belle saison offre une ouverture sur l'extérieur fait rare à Paris. Le service est aimable, attentionné et ne se fait jamais pesant. Le conseil est un peu insuffisant cependant, à l'instant de construire son menu (surtout pour nos hôtes étrangers) mais le résultat satisfera l'ensemble des convives réunis ce samedi au dîner autour de cette table du Lancaster. Carte gourmande donc, assiette gourmande... mais s'il faut d'entrée faire une critique, un reproche à cette belle table étoilée, ce sera vers la carte des vins que l'on grognera. Non que les références manquent (elles sont même nombreuses et prestigieuses) mais elles sont rares à pouvoir être juste considérées comme abordables et le coefficient multiplicateur est tellement considérable que c'est vrai... on hésite. Et l'on trouvera ici ou là quelques idées (une jolie Roussanne 2010 vinifiée par Cuilleron, un côtes du Rhône générique de chez Jamet 2009...) mais jamais on ne cédera à tous ces grands noms qui s'étalent paisiblement d'une page à l'autre et dont le prix pourraît pour chaque flacon rajouter plus d'un convive à l'addition. C'est le point faible de la maison, quand tout le reste invite à la gourmandise et pas qu'un peu !
| Amuse-Bouche |
Le repas sera joliment construit. Chacun opérant son choix au travers une carte de facture très originale, une fois le jeu de piste terminé, on ne sera pas déçu. L'amuse bouche est joli et les entrées seront unanimement saluées, qu'il s'agisse des cuisses de grenouille avec une sauce verte au fromage de chèvre et parmesan, de la grande assiette de légumes à la crème d'oseille (qui n'est pas sans rappeler un certain Arlequin) ou des ravioles d'aubergine aux crevettes Black-Tiger. Belles entrées, parfaitement cuisinées, impeccablement dressées. Pas une critique sur les cuissons, les saveurs sont claires et nettes. On retrouve avec plaisir l'acidularité maîtrisée de la Maison Troisgros et certains emprunts à la cuisine transalpine.
| Les cuisses de Grenouille |
| Les ravioles d'aubegine/Black Tiger |
| Genre d'Arlequin de légumes à l'Oseille |
| Lièvre, Truffe "A la Royale" |
Les plats ne seront pas en reste. "Saint Jacques mijotées au foin dans un jus de racines" ici, "turbot poché dans un bouillon de pinot" là... la réussite semble totale... l'addictif de garde ne saura pas résister au "Lièvre à la Royale" qui manque un brin de franchise dans les saveurs, une belle truffe noire vient relever l'ensemble, bien construit, bien équilibré mais qui manifestement, par crainte peut-être de bousculer une clientèle étrangère, n'ose pas aller jusqu'au bout de ce grand plat. C'était bon, évidemment, et même très bon... la maîtrise des saveurs est impeccable, maîtrisée, peut être un brin simplifiée... en un mot, elle serait mieux d'avoir été "sans peur et sans reproche". Peut être est-ce délicat à mettre servir à la carte d'un établissement comme celui ci, dont la clientèle par essence, est volontiers internationale.
| Le lièvre "A la Royale" |
Le plateau de fromages, lui, est pour le coup irréprochable, sans peur et sans reproche... et aucun ne saura résister (malgré l'absence de Mont d'Or)... et tous se régaleront jusqu'à la dernière miette. L'hôte étranger ne sait pas résister au plateau de fromages... et on peut le comprendre face à de tels produits !
| De la matière brute... |
| Au produit fini... |
| Pré dessert ... |
Le pré-dessert (noix de coco, chocolat amer, Yuzu) joliment dressé, permet de patienter jusqu'à l'arrivée des desserts, les vrais, qui ne seront pas décevants... Tarte aux pommes feuilletée fondante, soufflé prâliné aérien; un grand dessert au pamplelousse avec une glace au curry (inouï) et les Dim-Sum au chocolat dans un bouillon de lait fermenté (délicieux)... l'appétit nous avait depuis longtemps quitté lorsque sont arrivés ces desserts mais le courage nous habitait toujours, tous, en sorte que rien ne restera dans les assiettes... Pas même après le passage des mignardises... et dans les verres non plus d'ailleurs... Tous regagnerons nos pénates avec le sentiment d'avoir vécu un bon moment autour d'un bon, un très bon dîner ! Dans l'esprit de la Maison Troisgros, sans doute aucun.
| Soufflé au prâliné |
| Dim Sum au chocolat |
| Et mignardises ... |