dimanche 7 janvier 2018

GIVERNY : LE JARDIN DES PLUMES


L'étoile de Giverny vaut le déplacement... ce n'est au fond pas bien loin de Paris, Giverny, à deux pas de certain potager cher au cœur des gourmands Parisiens convaincus par la cuisine légumière de l'Arpège... eh bien... sans retrouver formellement l'Arpège ni pour autant un Chef venu de la rue de Varenne, on trouve à Giverny un hôtel, un restaurant dont l'étoile scintille avec incandescence... dirigés avec un enthousiasme communicatif par Nadia Socheleau, tout droit venue de l'Arpège en 2012 pour ouvrir ce second établissement du Chef étoilé Éric Guérin (La Mare aux Oiseaux, Saint-Joachim)... ce Jardin des Plumes recueillera lui aussi son étoile en 2015, et l'hôtel comme la table valent tout à fait que l'on mette le cap sur Giverny, avec une perspective résolument gourmande... elle sera satisfaite et appelle désormais un match "retour" à la belle saison...


Accueil adorable, les chambres sont splendides... ce sera Javanaise: pourvue d'un espace de vie et d'une grande salle de bains, d'une chambre à coucher à l'étage, meublée avec goût, des meubles choisis, anciens... on se réjouit en arrivant de pouvoir y passer la nuit après un dîner qui sera un grand et beau dîner, un repas tout en gourmandise concocté sur mesures par le Chef avec la complicité de Nadia... et en ouverture, après de délicats et délicieux amuses-bouches... une betterave en croûte de sel (çà ne s'invente pas), parfaitement cuite, servie au guéridon, flanquée d'un sorbet raifort (délicieux condiment) et d'un carpaccio de Saint-Jacques et Lychee... une parfaite réussite, tant en ce qui concerne le jeu de textures que les saveurs... sans compter un dressage, savant, parfait.


Pour suivre, on ne fait pas dans le simpliste mais dans la gourmandise oui, et sans faute de goût aucune... petits gris, foie de canard mi-cuit, neige d'ail et persil et consommé à la réglisse... un régal... là encore les textures et cuissons sont d'une absolue précision, délicieux est un faible mot... quelques gouttes d'un précieux chenin de Jasnières (de Christine de Mianville, 2010), un instant d'éternité... et une complicité avec la sommellerie qui sera tout du long attentive et mieux que bienveillante... le repas s'articulant par ailleurs autour de François Chidaine, "Les Bournais" 2009... beau repas et accompagné "il faut voir comme...".


Genre d'entremet, droit, clair, net, délicieux... enfin délicieuse... la langoustine juste cuite, caviar Petrossian, purée de cresson et beurre noisette foisonné au lait... petite merveille, une miniature qui met toutes les papilles en résonance, sans une dissonance... gourmandise. Tout à fait.


Cuit rapidement au fumoir, le bar de ligne, veloûté aux moules, fenouil confit et huile de fenouil. Une parfaite réussite, un modèle d'équilibre mais aussi un exercice funambule sur les saveurs justes et tendues, tout en finesse... et à suivre un filet de chevreuil au foie gras, à la cuisson "façon Rossini Robuchon"... on se régale encore, mais on déclinera le fromage pour terminer, point d'orgue, par les desserts...


Glace au panais, lait de coco... puis léger comme une plume... le dessert aérien, glace au chocolat blanc, prâlin, Yuzu et Müesli ... surmonté d'une plume en chocolat noir... les amateurs d'amertume ou d'acidularité en seront pour leurs frais mais n'empêche... un sacré beau dessert.



Et au lendemain de ce festin, un petit déjeuner qu'il sera difficile d'honorer à sa juste démesure... qu'en dire sinon que... le thé est exquis (ce qui est proprement exceptionnel mais Nadia sait de quoi elle parle en matière de thé)... le jus d'oranges frais pressé stimule un brin... et une curieuse viennoiserie, genre de Kouign-Amann Normand (e.g. "tout du kouign" mais des pommes confites en plus...) ferait pour un rien déraper les bonnes résolutions du dimanche matin... tout autant qu'une brioche de folie, aérienne, délicatement grillée... c'est décidé on en restera là et surtout... On reviendra ! Une étoile qui brille de mille feux au firmament de Giverny, même lorsque le temps est proprement pourri !