On ne sait trouver quels superlatifs pour décrire chaque repas dégusté au Yam'Tcha. Adeline semble à chaque fois progresser, les cuissons sont aujourd'hui abouties, les harmoniques gustatives les plus folles commencent à prendre une forme d'évidence... depuis longtemps elle sait ce qu'elle cherche, elle sait où elle va, et elle réalise à chaque fois des étincelles qui émerveillent, simplement. Adeline n'est pas une suiveuse... on ne saurait ici avoir l'impression d'un clone du Saint-Patron qui lui a fait faire ses premières armes voici quelques années maintenant, quelque part dans l'Ouest Parisien, tandis que déjà elle savait ce qu'elle cherchait, et qu'elle s'en irait chercher loin à l'Est, en Chine, mais pas pour faire une cuisine fusion bien à la mode... Pas du tout... Il s'agissait de faire la cuisine d'Adeline Grattard, et rien d'autre et à présent nous y sommes, et c'est formidable, gourmand, percutant, délicieux...
Sortir neuf couverts de front au Yam'Tcha, restaurant de poche s'il en est, tient de l'exploit et pour autant tout s'est réalisé sans heurt... dîner largement prémédité, avec le concours actif et contributif de Marine, la jeune sommelière qui pour l'occasion trouvera trois jolis magnums (Saumur blanc Brézé 2009 de Guiberteau, CFE 2004 de Trimbach et Nuits St Georges les Boudots 2002 de Noellat)... trois beaux flacons pour un grand repas, aux allures de "sans faute"... mais il faut dire que le Saint-Patron était à la table, flanqué d'un fameux Boucher (auquel le démarrage en trombe du Yam'Tcha n'est pas indirectement indifférent) et de sacrés gourmands réunis.
Il est bien difficile de commenter un à un les plats qui se sont succédés. La cuisine d'Adeline est complexe et goûteuse, gourmande, exigeante (cuissons parfaites, harmoniques pointues de saveurs et textures)... une mention dans le premier tiers pour les chipirons avec les nouilles au vinaigre de riz noir (une tuerie, absolue et sans détracteur aucun)... un grand plat.
Autre grand plat (que l'on a vu grandir) : le homard qui a commencé "flashé" flanqué d'un jaune d’œuf (et c'était bon... voire très bon... tous en raffolions) et qui se trouve maintenant sous sa forme achevée, dans un bouillon au piment à la puissance maîtrisée plus que contenue, et complété de la fameuse sauce XO : tous d'accord, c'est un plat hénaurme !... (pour un rien on en reprendrait bien un peu...).
Le turbot au riz noir est délicieux, fondant, exemple de cuisson parfaite mais la palme suivante revient (malgré qu'il ait été un peu copieux) au cochon noir de Bigorre à la peau croquante, sur une sauce au vin de riz et aux truffes d'Australie (sacrément puissantes), et quelques tagliatelle de pomme de terre. Un autre très grand plat... On n'en peut presque plus et pourtant on ne peut résister aux brioches au Stilton et cerise Amarena... et aux deux desserts (formidable soupe glacée à l'oseille et sorbet orgeat puis tarte aux nectarines... même les desserts sont en place)...!
Un grand repas, un régal, un moment exceptionnel tout de gourmandise et d'amitié. Grande complicité d'Adeline qui a tout mis en oeuvre pour régaler cette table improbable et exigeante.