Un accueil chaleureux et un service parfaitement calibré, dans ce restaurant de poche, dans le cœur de Douai (à deux pas du Tribunal), carte courte et efficace qui permet de composer un menu selon l'humeur gourmande du jour, ou de se laisser porter par un menu dégustation décliné en 6 ou 8 services. Carte des vins défendue par un sommelier complice qui saura sortir du menu pour flatter le visiteur d'un soir avec un très joli clavelin de Côtes du Jura, vin jaune de bel équilibre, fin et tendu, joliment posé, d'une belle typicité jurassienne : Domaine Michel Thibaut (millésime 2015). Une jolie surprise, un beau grand vin pour accompagner un repas un brin surdimensionné, et très gourmand aussi.
Belle salle, d'un bâti qui semble du XIX° siècle, avec un bel escalier intérieur, des boiseries toutes conservées et une cheminée en marbre qui trône au milieu de la salle de restaurant (l'établissement compte également une table de petite restauration et une activité parallèle de traiteur). A la belle saison, une terrasse permet de prendre l'apéritif ou de terminer le repas avec un cigare (jolie carte de cigares et alcools, malheureusement sans référence cubaine mais c'est le fait de la pénurie plus que la marque d'une préférence (Honduras, Nicaragua et République Dominicaine).
Ouverture par une petite valisette en bois contenant des amuse-bouche un peu déroutants pour certains : maki de tête de veau sauce ravigote (nori très défendable, farce bien équilibrée, très bon); tartelette aux herbes et petits pois dont la pâte était curieusement sucrée, ce qui sera également un brin déconcertant avec le macaron à l'ail des ours. Sablé au parmesan et royale de crevettes roses : surprise, ce n'était pas mauvais du tout (quand le parmesan et les produits de la mer me semblent antagonistes, absolument). Et enfin un petit coussin butternut sur une foccacia miniature.
Il aura été choisi de dîner à la carte... tous les plats sont proposés en portions "entrée" ou "plat-principal"... la générosité est telle que deux entrées eussent été ici très suffisantes... et le choix donc de se porter sur le poisson du jour, suivi du Homard de nos côtes. Le poisson du jour sera le Saint-Pierre, rôti et fini au beurre, flanqué de belles asperges blanches, fleurs de sureau, mûres et myrtilles et une petite bisque de gambas. Nonobstant l'apparente étrangeté de cette harmonique gustative, c'est un peu façon Prokofiev : en apparence rien ne colle mais au fond c'est très bon.
Le Homard est dimensionné pour un appétit Kolossal. Une grande assiette de petits légumes cuits croquants (cuisson vapeur), homard flashé, terminé à la cocotte au beurre, avec des petits pois... et un beurre à la citronnelle; gourmandise et abondance; oui, le homard sera terminé, les légumes non; il y a parfois des choix à faire... même en matière de gourmandise.
Une réglette de "pré-desserts" est arrivée quand nous indiquions justement qu'il n'était seulement pas possible d'envisager d'aller plus loin... ils ont été engloutis aussi, sur le mode fraîcheur... et nous nous en sommes allés, repus, après un bien joli dîner à cette table qui compte justement parmi les toutes meilleures de Douai.

