dimanche 16 août 2020

ABBAYE ROYALE DE FONTEVRAUD : LE RESTAURANT

Niché au sein même de l'Abbaye de Fontevraud, contigü à l'Hôtel (qu'il vaut mieux éviter), le restaurant de l'Abbaye de Fontevraud vaut la visite, et mérite amplement l'étoile dont le Guide Rouge l'a doté. Bel établissement dont le décor formel peut prêter à quelque critique mais dans l'ensemble, c'est réussi... sous l'autorité, en cuisine de Thibaut Ruggeri, honoré d'un Bocuse d'Or en 2013 : un Chef qui sait faire parler la poudre... Mieux vaut cependant être informé d'emblée : menu unique (fixé sur le calendrier lunaire pour les convives en quête d'ésotérisme gastronomique), mais aussi menu bien construit, et ceux qui le trouveraient un peu court pourraient l'augmenter d'une assiette de champignons de Paris, voire d'un fromage (très beau plateau de fromages de région). La sommellerie est appréciable et contributive, jusque là tout va bien... le service sera un peu en retrait, volontiers expéditif (que tout çà est trop vite envoyé...) et "pas causant", ou alors un brin cassant... inutile, çà n'aura pas suffi à rendre le dîner désagréable...

L'entrée en matière n'est pas sans rappeler la "paille d'Or" de notre enfance... baptisée "Gustographie", elle est fondante, dorée au miel de l'Abbaye, quelques brins de sariette et une farce au Sainte-Maure foisonné. On démarre directement dans une tonalité gourmande et terroir. Et l'entrée en matière de se poursuivre avec "la soupe des nonnes" ... du pain sec et une souplette... oui mais pas que... vraiment délicieux, le Gaspacho vient entourer un craquant cerclant un tartare de tomate. Une franche réussite !


Un genre de courgette dans tous ses états à suivre, qui sera une vraie gourmandise aussi : "caviar de courgette marinée" d'une part, et d'autre part des bonbons à l'amande en sandwich de courgette... délicieux avec des amandes concassées et un rillon d'anthologie ! fondant, gras à souhaits, beau plat. Un cuisinier décidément qui cuisine juste et sa cuisine à lui.

La petite pêche de Lorient à suivre est élégante, goûteuse, dominée par un fumet de poisson délicieux, et le thon blanc (cuit minute par le bouillon) est fondant et délicat, recouvert de quelques haricots verts délicieux (si si...), blettes (même remarque) et fleurs de fenouil. On se fait plaisir, vraiment.



Très bel équilibre ensuite avec le foie gras poché dans un bouillon de ronce, betteraves, mûres et gnocchis de blettes. Textures maîtrisées absolument (le foie comme la betterave), bouillon savoureux. Une très belle réussite qui aurait gagné à être mieux "exploitée" à l'instant du service (au guéridon, comme le plat précédent, mais... à la hâte un peu trop...).


Entremet : sorbet citron-citron vert recouvert d'une cape de guimauve et arrosé de vodka infusée au buis. Une petite merveille gourmande (texture de la guimauve, acidularité maîtrisée des sorbets, tension fumée par la vodka infusée au buis). Et très beau dessert aux fruits rouges, encore une fois (dans tous leurs états y compris dans une crème chiboust détonante !)... et un carrot cake glacé au miel, fane de carotte cristallisée et en forme de digestif une infusion glacée proprement délicieuse : thym, miel, mélisse, badiane, genièvre, girofle, sauge, romarin, persil)... un très très beau repas ! Une étape qu'il ne faut pas manquer même si le service est perfectible, rien ici de rédhibitoire comme (malheureusement) à l'hôtel. Et enfin... l'on peut ensuite se promener dans l'Abbaye, occasion d'aller saluer Aliénor d'Aquitaine et son rejeton Richard cœur de Lion dont les gisants sont absolument merveilleux !