jeudi 26 mars 2020

AU CLARENCE ... LOOK ! FOUR HANDS !

Une grande, une très grande fête gourmande, organisée par Chihiro Masui, pour l'occasion de la sortie de deux parmi ses quatre grands livres de la rentrée... un quatre mains réunissant en les cuisines de l'hôtel Clarence-Dillon deux très grands Chefs, deux Artistes, aussi improbables l'un que l'autre, aussi différents qu'on puisse l'être l'un de l'autre... Christophe Pelé et Karen Torosyan. L'Un, improvisateur génial, miniaturiste dans l'âme, aux harmoniques imprévisibles, toujours réussies, qui ne sait pas précisément ce qu'il va faire, trois minutes avant de démarrer et qui met dans le mille, à tous les coups, avec des dressages splendides et un instinct de la gourmandise qui réjouit les papilles de ses hôtes... Christophe Pelé qui reçoit... L'Autre, orfèvre cuisinier, méthodique, horloger dans l'âme, ne laissant rien au hasard, venu pour l'occasion avec armes et bagages de Bruxelles où il dirige Bozar Restaurant... spécialiste du pâté en croûte, Koulibiac et autres oreillers de la Belle Aurore... magistral et facétieux, mieux qu'une belle main, un instinct pour la perfection. Un déjeuner complice de deux Chefs qui ne se ressemblent en rien, et dont aucun ne tire la couverture à soi... un déjeuner splendide, d'une infinie gourmandise, épaulé par une sommellerie parfaitement agencée sous l'autorité de Gaëtan Lacoste, un très très grand moment dont tous se souviendront... 


Un repas curieusement très équilibré où le génie d'improvisation un peu fou de Christophe Pelé et le perfectionnisme éblouïssant de Karen Torosyan font un genre d'accord parfait. L'ouverture est naturellement revenue au Maître des lieux, non seulement avec les amuse-bouche (ah ce Bigorneau et sa sauce tartare... les gougères au comté et muscade, croquante, fondantes... les Barba Juan aériens, délicats)... mais surtout avec un Oursin, en ouverture: iodé, somptueux, bientôt suivi d'un pâté en croûte au cochon noir de Bigorre et foie gras... accompagné d'un cornichon hors norme, signé Karen Torosyan, un genre de tuerie, parfumé, acidulé mais pas trop, pas du tout un Malossol, moins encore un concombre... le cornichon idéal pour accompagner LE pâté en croûte... Les deux Chefs ont ouvert le bal et fait parler la poudre ! Champagne en Ouverture : Jacques lassaigne, Acte IV, Alto : une petite merveille d'équilibre, belle stature, le ton est donné, celui d'un grand, d'un très très beau déjeuner gourmand. Belle table, belle, très belle compagnie.





A la façon du Graal dans la légende Arthurienne, passe un plat, rapidement, mais que tout ont le temps de regarder avec gourmandise, trois énormes Koulibiacs, prêts à être enfournés tandis que l'on poursuit ce beau et grand déjeuner dans cette si belle salle (la bibliothèque) ensoleillée... et de déguster une fameuse brioche feuilletée, fondante, beurrée comme il faut... un régal et Christophe Pelé de reprendre la main...




Langoustine en trois services. Bonnezeaux 2017 : vieilles vignes du Fief Prevost , le Chenin qui va bien... une levée complètement improbable, absolument délicieuse, langoustine crue, flanquée d'épinards délicate et iodée juste comme il convient, Langoustine gratinée aux herbes, un truc inimaginable... délicieux, gourmand : "Child of a disordered brain"... Langoustine, ris de veau et caviar : complètement cintré, comment concevoir et réussir une telle association, textures et saveurs juste merveilleuses, et en forme de Na! ... langoustine pochée, polenta et truffe noire. Somptueuse déclinaison sur le thème de la langoustine, tour de force de Christophe Pelé qui déploie un imaginaire fascinant et formidablement gourmand... puis Karen Torosyan reprend les choses en main... et il faut voir comme...



Le fameux Koulibiac de saumon arrive. Tous nous en rêvions, tant Chihiro en parle  depuis des mois avec enthousiasme, conviction et les mots qu'il faut pour mettre l'eau à la bouche. La séance de découpage en présence des deux Chefs (le voilà donc, le vrai 4 mains) est un moment d'anthologie. Et la dégustation ne sera pas en reste, du Koulibiac comme du sabayon qui l'accompagnait. "Gravement bon", et joliment accompagné d'un Puligny-Montrachet "Corvée des Vignes" 2015 de JM Vincent. Envoûtant... 


Les desserts viendront ensuite, accompagnés d'un Monbazillac Clarendelle "Amberwine" 2015 à faire pâlir nombre de vins moëlleux de grande renommée... le parfait glacé au chocolat venait combler les amateurs de cacao, le riz au lait, glace yaourt les plus régressifs d'entre les convives de ce festin, le granité orange... et surtout la crème au citron, gelée au miel sauvage, un grand classique du Clarence mais jamais on ne se lasse de sa texture, son acidularité maîtrisée et sa légèreté qui fait que de tous, c'est celui qu'au fond je préfère.