Après une première visite timide l'année passée, chose promise... "les furieux" ont de nouveau investi l'île de Noirmoutier pour quelques journées Vendéennes, et pour profiter de la table d'Alexandre Couillon, et de la maison Moizeau qui permet dorénavant d'envisager sereinement la nuit qui suit un grand dîner que l'on peut arroser dignement...
Sur le port de l'Herbaudière, tout au bout de l'île de Noirmoutier, sous la direction en salle de Céline Couillon, Alexandre dirige en cuisine une belle brigade de dix... qui servent d'une part les quelques 16 couverts de "La Marine", le restaurant doublement étoilé au Michelin (ce qui est trop peu, disons le d'entrée...) et la grande salle de "la table d'Elise" où l'on peut dîner simplement, délicieusement, une cuisine de la mer (avec une ou deux options carnivores pour les incorrigibles)... et tout à côté, l'hôtellerie, la Maison Moizeau, tout élégance et raffinement, de jolies chambres peuvent accueillir les gourmands et au réveil... un œil sur le port de l'Herbaudière, et bientôt un petit déjeuner, pantagruélique...
Le service est parfait. Chaque observation est recueillie pour mieux faire plaisir à l'hôte d'un soir, on se sent très bien ici, que ce soit à la Marine, à la Table d'Elise et bien entendu à la Maison Moizeau... la sommellerie est tout à fait complice, les entrées sont choisies avec justesse, et on peut même se faire très plaisir avec de très beaux vins dans une gamme de prix qui donne envie... de reprendre une autre bouteille... les vins blancs seront volontiers à l'honneur vue la cuisine du Chef, mais les rouges ne sauraient être négligés... qui apportent aussi en fin de repas... leur content de gourmandise...
Deux dîners seront pris à la Marine, et deux autres (ou presque) à la Table d'Elise... Aucune difficulté en cuisine pour construire deux menus alternatifs... sauf évidemment les mises en bouche, zakouskis et autres petites entrées qu'il ne faudrait surtout pas changer tant elles sont gourmandes et tant on les attend. L'ouverture en ode à la pomme de terre de Noirmoutier est délicieuse et son rythme ne laisse pas indifférent... la crème glacée pomme de terre... la "chips" craquante, bien connotée "patate"... et une purée foisonnée de pomme de terre dont on peut dire qu'on pourraît en manger une pleine assiette à soupe... le petit trio à suivre, croquet de pomme de terre et sardine... une légèreté et une saveur... splendides... le lieu fumé maison, le veloûté d'épinards et fondue de fromage vendée, et mention spéciale du jury pour la pince de homard, jus d'étrille et cocos... bref, une entrée en matière qui déjà fait sérieusement travailler les papilles... Blanc d'Argile de Vouette & Sorbée. Démarrage en trombe... sans compter les cromeskis, les tartelettes aux artichauts et tartare minute de couteau... on fond...
L'huître noire Erika, une petite merveille, un genre de signature au point que le Chef avait essayé de la retirer de la carte mais elle lui a trop souvent été demandée en sorte qu'elle figure en début de menu, figure emblématique de "La Marine"... iode, encre de seiche... fraîcheur sans timidité... un très grand plat. Ormeau, fèves et citron confit, reine des prés... un autre très grand plat, avec une cuisson de l'ormeau juste parfaite qui n'admet qu'une comparaison, avec l'ormeau de M. Mizutani, combinant fermeté et tendreté, sans ce côté presque caoutchouteux qui caractérise ce noble coquillage lorsque sa préparation n'est pas maîtrisée et ce n'est pas simple, pas du tout... formidable construction accompagnée de févettes et de feuilles d'Arroche jeu de saveurs, jeu de textures sans erreur, aucune !
L'Asperge verte du pays viendra ensuite sur le premier menu, avec maquereau cuit à la braise de pommes de pin... clin d'oeil à Asador Etxebarri ou déclaration d'intention, Alexandre Couillon aime à travailler avec le feu... et l'Asperge du second dîner, blanche cette fois sera cuite à la braise, elle aussi, avec un beurre noisette façon beurre blanc... merveilles de textures et saveur, pour le coup "terre et mer"... essai transformé.
Lieu jaune de ligne, Ail blanc et jus d'oignon, oeufs de poisson... délice et la maîtrise de la cuisson du Lieu est simplement étourdissante. Un régal absolu, avec un jeu de textures délicat et précis (où les oeufs de poisson tiennent toute leur place)... et deux jours après... Merlan de ligne, Myrtille et lait de chèvre, il fallait y penser... et là encore on se tape la cloche... phénoménal, avec une précision de cuisson d'une précision horlogère... et quelques petits pois, signant l'arrivée à maturité du caviar vert.
Ici le pigeonneau, petits pois du jardin (est-il précieux ce jardin)... condiment du jardin et livèche... là "Le Homard du Jardin"... genre de tuerie de crustacé... tout en (fausse) simplicité... homard flashé, jeunes poireaux en tempura (il dit friture, il n'a pas tort)... et ail des ours. Ce homard du Jardin sera un des plats phare de cette semaine gourmande.
La crème glacée cuisinée à la cheminée est une petite merveille, crème glacée fumée... avec un jeu de texture sur un crumble assez neutre pour éviter toute dérive sucraillonne... la patate douce et caramel miso, les fraises du jardin à la bière... petites merveilles... rassasiés... heureux. Comblés. Quand arrivent les mignardises... que tous mangeons sans rien laisser trainer... délicieux, jusques et y compris une guimauve aérienne au parfum de réglisse
Au chapitre des vins de La Marine... Au premier dîner "Les Grandes Teppes" de Ganevat suivies d'un St Joseph rouge de chez Gonon auront largement et brillamment accompagné le festin... et au second dîner un Savenière "Vieux Clos" de 2012 de Nicolas Joly et un Clos de Monsieur Noly 2005 (un brin oxydé) soutiennent le challenge... Mais la concurrence sera rude avec La Table d'Élise où nous avons eu privilège de pouvoir consulter la même carte qu'à La Marine... on passe donc insensiblement au voisin...
La Table d'Elise... c'est plein tout le temps. On peut comprendre... c'est bon, très bon... le service est attentionné et souriant, enthousiaste même... la salle sur un décor de Marine est agréable et les tables ne sont pas trop serrées les unes aux autres... menu entrée-plat ou plat dessert facturé à 28€ et entrée-plat-dessert... 32€... on n'en croit pas ses yeux... et oui, les plats sont bons, et même très bons, oui, ils sortent directement de la cuisine de la Marine... et nous y aurons fait deux dîner... assez différent...le premier : un vrai dîner à la Table d'Elise et le second un peu (le mot est volontairement réducteur) modifié par le Chef qui a pris la main...
Au premier soir donc... veloûté froid de petits pois, et oeuf mollet... puis dos de bar rôti, caviar d'Aubergine, fromages vendéens... juste délicieux... (et le dos de bar rôti, vinaigrette d'herbes était juste sublime, texture et saveur, bar de ligne... un régal)... Un chenin de qualité, sous la signature de Jacky Blot, Domaine de la Taille aux loups, 2016, bien ouvert après un carafage... joli repas.
Au second dîner, le Chef nous en a mis plein les papilles... avec des langoustines flanquées de quelques feuilles du jardin et vinaigrette d'agrumes. Formidablement bon... la surprise était totale, les assiettes ont été liquidées...
A suivre, le poulpe... qui ne participe des habitudes gastronomique d'aucun des convives... cuit au Barbecue (pas que... une texture improbable, ferme et tendre à la fois, pas rénitente du tout, un régal... gommant ipso facto toute appréhension résultant d'expériences passées disons... approximatives) et accompagné d'une sauce à la bière de sureau et de miel du jardin.
Lieu jaune rôti... cuisson juste, cuisson parfaite... ail nouveau et les fameuses pommes de terre du potager, les premières de la saison, servi avec un bouillon de volaille à la camomille et quelques feuilles de laurier... absolue tuerie !...
Côté vins donc il aura été choisi sur St Joseph, encore la signature Gonon, mais en blanc, 2015, Les Olivier pour ouvrir le bal et pour terminer... un Vosne Romanée 1er cru (cuvée Duvault Blochet) 2008 du Domaine de la Romanée Conti. Une bouteille simplement formidable où toute la typicité des vins du domaine se retrouve et qui s'est bue avec une facilité, juste évidente...
Quant à la Maison Moizeau, c'est le prolongement du bonheur dans des chambres tout élégance, d'un luxe dépouillé mais sans qu'un seul détail soit négligé. Le bois parle, à disposition de l'hôte... de la belle et saine lecture (sur la peinture... mais l'Omnivore aussi)... des boissons fraîches, du café et du thé... et pour ce qui est des petits-déjeuners... ils sont juste délicieux... on mentionnera ici le pain fait maison, juste délicieux (autant qu'il sait l'être au restaurant... addictif...), les brioches (brioche feuilletée caramel, brioche au prâlin rose), l'assiette de poissons fumés et rillettes de poisson comme l'assiette de charcuterie et fromages de pays, le caillé et le riz au lait, le quatre quart au citron, l’œuf à la coque ou l’œuf brouillé (somptueux... un vrai oeuf brouillé... un régal)...
Bon... on s'arrête là... on reviendra, promis... Et à cet instant, au service, à l'ensemble du personnel et au Chef, à Alexandre et Céline Couillon, un grand immense Merci d'autant d'attentions dont le point d'orgue sera notre trésor de guerre... les patates de Noirmoutier remises au départ, fraîchement cueillies du potager !... Bonheur.