Quai Conti, récemment installé dans les murs de la Monnaie de Paris, Guy Savoy fait danser les papilles de ses hôtes qu'il accueille personnellement dans un cadre intimiste et chaleureux, de petits salons où l'on pourra s'engager courageusement sur le Grand Menu, dégustation au long cours pour les plus audacieux, on pourra aussi laisser divaguer son imagination gourmande, ses envies de l'instant et même, avec la complicité d'un service en salle irréprochable, composer des "demi portions" qui permettront à chaque table de construire son propre menu dégustation. La sommellerie propose de belles entrées, très classiques... on s'arrêtera sur un Langoa Barton 2006, très joli Saint-Julien... les plus fous pourront laisser libre cours à leurs fantasmes oenologiques. On a juste regretté un absent car nous en avions bien envie... Alter Ego de Palmer, qui mériterait de figurer sur toutes les grandes cartes...
Le menu sera donc composé et utilement remis en ordre pour composer un très joli dîner que l'on imaginait naïvement pouvoir être léger... gourmand, il le sera, belle maîtrise en cuisine pour traiter autant de convives sur le mode d'un "sans fautes"... avec une mise en bouche distrayante mais pas tout à fait convaincante, à tendance légumière pour faire dans l'air du temps, sans grand intérêt, et un consommé de potimarrons (très jolie texture) bien plus gourmand que la tartelette cachée sous la tarte... le reste à suivre sera sans peur et sans reproche... La tomate en trois services (carpaccio, tartare et tarte fine) est juste délicieuse et déploie de très jolies saveurs de diverses tomates (tigre, ananas, coeur de boeuf... etc...) qui s'harmonisent parfaitement...
Et à suivre une poularde en papillotes (baptisée pot-au-feu d'été), richement parée de girolles, un toast girolles et un os à moëlle juste poché... texture splendide, saveurs délicates, un jus court que l'on terminera à la cuiller dans la cassolette gentiment déposée sur la table (tout comme nous n'avions pas résisté à le faire, au demeurant, avec le coulis de tomates lors du service précédent...).
Puis la fameuse (historique devrait-on dire) souplette aux artichauts et truffes, flanquée de sa brioche truffées (généreusement recouverte de beurre aux truffes), dont on ne peut raisonnablement décliner la repasse... un plat signature, indémodable, formidablement gourmand... peut-être même a-t-on mangé une troisième brioche truffée...
Et un pigeon au barbecue (cuisson irréprochable), jus court augmenté des cuisses hachées menues, et dans une courgette miniature, les abats réduits... une rôtie contemporaine en quelque sorte. Délicieux, absolument... et nous aurons décliné une proposition de fromages, pensant (naïfs) qu'un dessert léger serait amplement suffisant (il l'aurait été)...
Pré dessert donc (glace au lait d'amandes), puis le dessert cerise (dessert glacé) et le dessert agrumes (de même) que l'on disait en demi-portions (gargantuesques) et passage distrait du chariot de desserts, petits pots de crèmes et autres macarons et guimauves... un festin.
Une mention toute particulière pour le pain, au sarrazin, croquant comme on aime, une gourmandise à lui tout seul... autre mention complémentaire pour un Art consommé de la brioche... fameuse brioche truffée pour accompagner la soupe d'Artichauts mais aussi brioche au prâlin rose glissée à l'instant de quitter les lieux et qui sera un joli compagnon de petit-déjeuner...